... et je déprime.
Je fais partie de ces milliers d'invisibles de l'Education nationale, et cet après-midi avait lieu la commission devant décider de mon sort (ou plutôt de celui de mon poste).
Théoriquement, je devrais être nommée sur un poste dans un rayon de 35km, mais étant donné que plusieurs autres postes sont supprimés dans le coin, j'en doute fortement.
Après 7 ans de galères, à travailler à une heure de route de chez moi, pour un salaire bas (900 € nets, 200 € de frais de gazole déduits), j'avais enfin intégré à la rentrée dernière un poste près
(17km) de chez moi : le rêve !
Hélas, notre bon président a décidé la réduction du nombre de fonctionnaires, réduction faite sur des bases pour le moins tordues : moins d'élèves = moins de personnels.
Certes, sur le papier, mais le travail reste le même : mes collègues agents d'entretien ont le même nombre de classes à nettoyer, mes collègues comptables, le même nombre de factures à traiter, mes
collègues secrétaires les mêmes tâches à effectuer.
Evidemment, il y avait, il y a quelques années (longtemps), pléthore de fonctionnaires qui, certes, ne travaillaient pas tous suffisamment.
Mais cette période est bien révolue, heureusement, d'ailleurs car c'était démesuré.
La structure dans laquelle je travaille aura été réduite de 50 % en 5 ans si cette suppression est confirmée.
Ne me dites pas que ces collègues ne travaillaient qu'à 50 % de leur capacité, sans parler de l'accroissement des diverses enquètes et autres tâches dont ils sont bombardés !
Un autre scandale : l'Education nationale, administration faite pour transmettre le savoir... n'est pas capable de former, voire simplement préparer ses personnels à leurs futurs postes.
Oh, je ne parle pas des professeurs, classe phare de cette administration et choyée par elle.
Eux sont en première ligne, visibles de tous, privilégiés aux niveaux salaire et horaires (17 heures par semaine, si l'on ne compte pas les heures de correction faites à la maison), et ne se
privent pas d'utiliser leur influence -et leur nombre- pour transmettre leurs revendications.
Non, je parle de ces petites mains, souvent méprisées par les enseignants (nous sommes souvent considérés comme des inférieurs par eux, ne méritant pas de salut mais récipendaires de
toutes leurs revendications), qui font tous les travaux administratifs.
Quand un secrétaire (adjoint administratif ou secrétaire administratif de grade plus haut) est nommé sur un poste, il ne découvre qu'à sa mutation si c"est un poste de secrétariat ou de
comptabilité.
Je connais des collègues haïssant la comptabilité, n'y comprenant rien (car c'est un métier pointu) parachutés du jour au lendemain sur un poste comptable
sans formation préalable
pour avoir voulu se rapprocher de leur domicile
Car nous prenons notre poste avec, dans le meilleur des cas, un ou deux jours passés en compagnie de la personne que nous remplacerons.
Et comme les mutations se font le 1er septembre, c'est toujours dans l'urgence qu'il faut commencer.
Ainsi, j'ai remplacé une secrétaire de proviseur de lycée professionnel en arrivant comme une fleur sur un poste dont je ne connaissais rien, sans savoir officiellement ni ce qu'il ya avait à
faire, ni ce qui avait déjà été fait pendant les vacances et découvrant un logiciel très compliqué de gestion d'élèves dont j'ignorais tout.
Heureusement, le réseau des collègues joue, à condition d'en avoir un : je plains les nouveaux arrivés !
Les formations aux logiciels existent, mais elles se font dans le meilleur des cas quelques mois après la rentrée.
Et je ne parle pas de formation ciblée sur un poste : ce serait rêver !
Alors que toutes les autres administrations forment leurs personnels avant la prise de fonction, ce qui est logique.
Voilà le quotidien des administratifs qui font tourner la machine, humbles mécaniciens non reconnus, et dont tout le monde se fout.
Les professeurs et élèves manifesteront pour la suppression de postes de professeurs, rarement pour celui d'un administratif : on ne les voit pas, on ne les entend pas.
Un professeur m'a même demandé "mais vous avez beaucoup de travail ?" sous-entendant que la suppression n'était peut-être pas catastrophique, et que je faisais rien de la journée.
Qu'il prenne ma place, pour voir !
Le public critique (et envie) également les vacances (tronquées, car nous effectuons de permanences) dont les fonctionnaires "E.N." bénéficient.
Mais ils ignorent que depuis la loi sur l'ARTT , nos heures sont annualisées : 35 heures par semaine X (52 semaines - 5 semaines de congés) - les jours fériés = le même nombre d'heures que dans le
privé.
Et nous compensons avec des semaines de 40, 42 heures suivant le nombre de jours de vacances prévus.
J'ai travaillé dans une structure avec des collègues d'autres administrations qui faisaient le même travail que moi, avaient autant, voire plus de congés que moi et étaient payés beaucoup plus
que moi (150 € en moyenne) à ancienneté et grade équivalents.
Car tous les fonctionnaires ont le même traitement de base, mais des primes supplémentaires - et différentes- sont allouées par chaque administration.
Et, lors de la mise en place initiale des primes, celles-ci furent inférieures, puisque compensées par des vacances suppémentaires.
Vacances qui n'existent plus puisque les heures des fonctionnaires administratifs ont été légalisées et sont devenues identiques pour tous, sans que rien ne change au niveau rémunérations.
Là, les syndicats n'ont pas joué : évidemment puisque les horaires des professeurs n'étaient pas touchés.
Ils faut dire que nous ne représentons qu'une part infime des personnels EN.
Actuellement, les media relaient les mouvements de grève, mais parce que tous les corps sont touchés, et que donc les professeurs (qui ne vont pas se laisser faire) vont jeter toutes leurs forces
dans la bataille.
Ceci dit, je ne sais pas ce soir ce que je deviendrai.
Peut-être aurai-je une bonne surprise demain... mais j'en doute.
Bonne nuit.
Je vais essayer de dormir.
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