Photographie tprovenant de Flickr
Je sens que je vais me faire rouspéter par Domamido, qui préfère me voir écrire des articles légers, plutôt que réalistes dénoncant le
monde absurde dans lequel nous vivons.
Un scandale (encore un !) de médicaments dangereux tient actuellement les media en haleine : celui du Mediator, médicament coupe faim destiné aux diabétiques commercialisé par les laboratoires
Servier en 1976.
Pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, voici l'historique écrit par Catherine Gouëset dans l'Express le 14/12/2010, lisible dans sa totalité ici :
" ...
1996 : un article du Pr Lucien Abenhaim dans le New England Journal of Medicine met en cause l'Isoméride.
1997 : l'Isoméride est retiré du marché français après la découverte de complications à type d'hypertension artérielle pulmonaire dès 1995 et d'anomalies des valvules cardiaques en Juillet
1997.
1998 : les autorités sanitaires suisses, qui ont noté que le Benfluorex est
"chimiquement apparenté" aux anorexigènes de type fenfluramine (Isoméride), posent des questions au laboratoire concernant les risques potentiels de son produit.
Premier doutes sur le Mediator
1999 : un médecin, le Dr Chiche, fait une première déclaration d'insuffisance aortique chez un patient ayant reçu du Médiator.
Une fois ingéré dans l'organisme, le Benfluorex produit le même composé toxique que l'Isoméride.
2001 : Le Mediator, remboursé à 65%, est proposé au déremboursement. Déjà en 1999, le médicament était jugé inefficace par la
commission chargée d'évaluer l'intérêt médical des traitements: "Le niveau de service médical rendu [du Mediator] est insuffisant au regard des autres médicaments ou thérapies disponibles pour
justifier sa prise en charge", notaient les experts (médecins, pharmaciens et spécialistes de santé) dans un avis du 19 novembre 1999. Le même verdict sera réitéré par la commission en mai 2006.
Il sera pourtant été remboursé au taux plein par la sécurité sociale jusqu'à son retrait en 2009.
2003 : premier cas de valvulopathie liés à la prise de Mediator signalé en Espagne. Il conduira, en 2005, au retrait du produit
dans ce pays mais aussi en Italie.
2005 : dans une proposition de résolution, des sénateurs s'interrogent sur les agences chargées d'évaluer les médicaments; "Les experts de l'Afssaps [Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé] exercent
bénévolement leur activité d'évaluation; ils sont rémunérés de fait par les laboratoires pour lesquels ils effectuent des prestations", note les sénateurs.
2006 : au CHU de Toulouse, le professeur Jean-Louis Montastruc identifie une atteinte de valve cardiaque chez une personne
traitée.
Avril : un document de trois pages, révélé par le Canard enchainé, est remis à la Commission de la transparence de la Haute
Autorité de la santé. Il indique que le Benfluorex est "responsable de sévères effets secondaires, notamment cardiaques".
Mai : la Commission rend son avis officiel: sans évoquer la dangerosité du médicament, elle conclut qu'il "ne présente pas de
d'intérêt en terme de santé publique". Mediator continue pourtant d'être remboursé à 65%.
Juin : un article de Prescrire, journal
médical indépendant, déplore que le Mediator demeure en circulation. Le journal signale 17 observations d'hypertension artérielle pulmonaire liées à la prise du médicament.
2007 : l'indication du Mediator est restreinte aux seuls diabétiques. Une étude réalisée en 1998 indiquait que 35 % des
prescriptions s'adressaient majoritairement à des femmes non diabétiques.
Octobre 2008 : un nouvel article de la revue Prescrire rapporte le cas d'une patiente présentant une atteinte de plusieurs de
ses valves cardiaques, ayant conduit à une chirurgie cardiaque, sans qu'aucune autre cause soit connue, y compris médicamenteuse.
Le retrait du marché
Novembre 2009 : 33 ans après sa commercialisation et dix ans après la première alerte de déclaration de pharmacovigilance,
l'Afssaps suspend l'autorisation de mise sur le marché du Benfluorex, Mediator et deux génériques. Au moment du retrait, 300 000 personnes sont sous traitement en France, et 2 millions en ont
pris.
2010, le scandale éclate
12 mai : une patiente opérée d'une valvulopathie attaque les laboratoires Servier devant une chambre civile du tribunal de
Nanterre. Cette femme a été traitée au Mediator pendant presque sept ans.
3 juin : Irène Frachon publie le livre Mediator 150 mg. Combien de morts ? retitré quelques jours plus tard en Mediator 150 mg :
sous titre censuré. Les laboratoires Servier ont obtenu, le 7 juin la censure du titre par le tribunal des référés de Brest.
12 juin : plusieurs dizaines de personnes reçoivent un courriel du président de l'Afssaps. Ce message, dont L'Express a eu copie, accable l'auteure de l'ouvrage: "Elle fait vivre son
narcissisme à travers son livre qui est l'oeuvre de sa vie".
23 juin : le député Gérard Bapt (PS), membre du groupe d'évaluation des
politiques de santé et par ailleurs cardiologue, soulève le problème du Mediator à l'Assemblée et met en cause des conflits d'intérêts dans les comités d'experts de l'Afssaps. Vois sa chronique
"Mediator, combien de morts?"
25 juin : le tribunal de grande instance de Nanterre examine la plainte d'une patiente de 60 ans contre Servier. Pour perdre dix
kilos, cette femme a pris pendant onze ans de l'Isomeride et du Mediator.
13 octobre : une étude confidentielle de la Caisse nationale d'assurance maladie révélée par Le Figaro estime que le Mediator serait
responsable de 500 à 1000 décès en France.
16 novembre : le ministre de la Santé Xavier Bertrand et l'Afssaps recommandent à "tous ceux" qui ont pris du Mediator de
consulter un médecin, "tout particulièrement" ceux qui en ont pris pendant 3 mois au cours des 4 dernières années.
18 novembre : une plainte au pénal est déposée par deux victimes auprès du parquet de Nanterre. Les plaignants fondent leur
action sur la "tromperie aggravée sur la nature, la qualité substantielle et la composition du produit" et la "mise en danger de la vie d'autrui".
2 décembre : l'Afssaps met en ligne sur son site Internet une
lettre invitant les anciens utilisateurs du Mediator à consulter leur médecin afin qu'il recherche "tout symptôme ou signe évocateur d'une atteinte d'une valve cardiaque".
7 décembre : le groupe PS à l'Assemblée nationale réclame officiellement la création d'une mission d'information parlementaire sur le
Mediator.
14 décembre : une mission d'information est créée à l'Assemblée.
17 décembre: D'après Le Figaro, l'Agence française du médicament aurait
été alertée dès 1998 de la dangerosité du Mediator.
20 décembre: Les responsables de la Santé qui se sont succédé depuis 1998 se réfugient derrière leur ignorance: ils n'avaient pas connaissance de la
dangerosité du Mediator. "
Encore un médicament dont les autres pays (et certains de nos médecins) avaient dénoncé les risques mais qui avait continué à être vendu.
Le profit n'a pas de limites, et il semblerait que les pouvoirs publics (en cheville avec les laboratoires ? notre ministre de la santé de l'époque avait travaillé pour eux pendant un temps...) préfèrent
couvrir leurs amis industriels, plutôt que de retirer du marché un médicament nuisible.
De plus, tout le circuit des médicaments est verrouillé par le lobby de cette industrie
profitable.
Maintenant, les utilisateurs sont montrés du doigt, presque considérés comme coupables (quelle idée de prendre des médicaments coupe-faim !).
OK, le propos se tient, mais il n'en reste qu'un laboratoire a vendu avec l'autorisation des autorités sanitaires du pays un "médicament" aux effets potentiellement mortels, déjà montrés du doigt
par la communauté médicale !
Ce n'est malheureusement certes pas la première fois... rappellez-vous des affaires du distilbène dans les années 70.
Aux Etats-unis, il avait fallu quelques mois pour retirer de la vente le distilbène, contrairement à la France qui avait attendu 13 ans, condamnant de nombreuses jeunes filles.
La leçon n'avait pas été retenue, puisque ce cas de figure s'était représenté de nouveau avec le scandale du sang contaminé.
Il n'en reste que, le 15 décembre dernier, l'Express a publié une liste de 10
médicaments eux aussi sur la sellette et présentant des risques importants de mortalité pour leurs utilisateurs.
Les textes ci-dessous, auxquels j'ai rajouté des hyperliens, sont tirés de
l'article de l'Express :
Actos
Molécule : pioglitazone
Indication: traitement du diabète de type 2, dit "gras"
Risques : oedèmes maculaires, fractures osseuses chez les femmes, insuffisances cardiaques.
Adartrel
Molécule : ropinirole
Indication : syndrome des jambes sans repos
Risques : effets indésirables pénibles (nausées, comportements impulsifs, libido exacerbée, hallucinations ou paranoïa) ou plus graves (syncopes), alors qu'il s'agit
au départ de résoudre un problème bénin de sommeil perturbé.
Laboratoire Glaxosmithkline
Di-Antalvic
Molécules : dextropropoxyphène + paracétamol
Indication: antidouleur
Risques : les risques de surdosage, fréquents en cas de douleurs aiguës ou chroniques, peuvent être lourds, allant du trouble psychiatrique et cardiovasculaire... à
l'arrêt cardiaque. Alertées par plusieurs centaines d'overdoses mortelles (volontaires ou accidentelles) survenues dans leur pays, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse ont interdit tous les
médicaments de ce type il y a plusieurs années.
Hexaquine
Molécule : benzoate de quinine, thiamine
Indication : crampes musculaires
Risques : troubles du rythme cardiaque, baisse du nombre de plaquettes, réactions allergiques sévères. Près d'une centaine de morts ont été attribuées à la quinine
aux Etats-Unis, où elle n'est plus prescrite contre les crampes depuis 1995.
Intrinsa
Molécule : patch à la testostérone
Indication : baisse du désir chez les femmes après ablation des ovaires et de l'utérus
Risques : virilisation (pilosité aggravée, voix rauque), acné, troubles hépatiques et cardiovasculaires, prise de poid.
Ketek
Molécule : télythromycine
Indication : infections respiratoires
Risques : risque d'aggravation d'une myasthénie (faiblesse musculaire), de pertes de connaissance, de troubles visuels, de troubles du rythme cardiaque et
d'atteintes hépatique.
Nexen
Molécule : nimésulide
Indications : arthrose et règles douloureuses
Risques : troubles du foie parfois mortels, connus depuis de nombreuses années. La Finlande et l'Espagne l'ont retiré du marché dès 2002 à la suite de cas
d'hépatites fulminantes.
Vastarel
Molécule : trimetazidine
Indications : vertiges, acouphènes, angines de poitrine, troubles du champ visuel
Risques : tremblements, troubles de la marche et des jambes sans repos, syndromes parkinsonien.
Zyprexa
Molécule : olanzapine
Indications : schizophrénie et troubles bipolaires
Risques : obésité sévère, hyperglycémie ou diabèt.
Laboratoire Eli Lilly Nederland
Zyban
Molécule : Bupropion
Indication : sevrage tabagique
Risques : hypertension artérielle
Laboratoire Glaxosmithkline
Il est à noter que toutes ces molécules sont aussi commercialisées sous d'autres noms (suivre les hyper-liens) : ces autres médicaments sont-ils aussi nocifs ?
Par ailleurs, à part un cas, ils proviennet de laboratoires différents, basés dans divers pays : le protectionnisme "patriotique" est donc moins en cause que la pression du lobby
pharmaceutique...
Et comment cela se fait-il que la France, pourtant un pays de pointe dans la recherche, soit le mauvais élève de la classe, prenant des années de retard dans le retrait de ces spécialités ?
En attendant, il est conseillé de faire circuler cette liste : mon mari et une amie prenaient couramment du di-antalvic ou son générique : mieux vaut un médicament moins puissant, mais ayant fait
la preuve de son innocuité !